La réforme des retraites : ceux qui la votent, ceux qui la subissent
Par jys le Vendredi 18 juin 2010, 16:24 - Lien permanent
Mme PRAVDA-STAROV Christel
Professeur agrégée de Mathématiques
3 Rue Ravel Sarrebourg
Sarrebourg, le 17 juin 2010
A Monsieur le Député-Maire
Monsieur Marty,
En 2003, à la tête d’une délégation contre la première réforme des retraites, je vous avais interpelé, vous demandant si vous jugiez bon de confier l’éducation d’adolescents à leur grand-mère. Vous vouliez me rassurer, convenant que cette perspective n’est pas souhaitable, mais qu’on trouverait d’autres emplois pour une fin de carrière. Voilà qu’on devrait encore enseigner jusqu’à 67 ans pour les femmes ayant eu une carrière abrégée par les maternités !
D’autre part, et c’est dramatique, les jeunes professeurs vont arriver en septembre, jetés dans la « fosse aux lions » sans soutien ni formation. Nous serons les seuls fonctionnaires à ne pas avoir droit à une formation initiale, alors que notre métier est de plus en plus dur. Quel mépris envers notre profession !
En échange, on disposera de caméras, de policiers référents et de portiques. Le gouvernement confond jeunesse et population carcérale ! Quel est l’avenir d’un pays qui traite ses jeunes comme des délinquants en puissance en niant leur droit à l’éducation ?
Pour compléter le tout, une réforme des lycées désastreuse, substituant à l’enseignement, à la culture, à l’analyse, à la réflexion, des options poudre aux yeux dans le clinquant cher à notre président, avec l’illusion démagogique d’un enseignement « personnalisé » dans des classes de 35 dont l’effectif devrait encore augmenter. Vos enfants comme les miens ont fait de belles études, je doute que nous puissions offrir le même avenir
aux nouvelles générations car leur formation initiale deviendra indigente.
On vient d’annoncer une nouvelle étape désastreuse et injuste dans la réforme des retraites. Etape, car le financement ne sera de toute façon pas assuré et injuste car elle fera peser tout l’effort sur les plus modestes, ceux qui ont travaillé tôt, sans formation. De toute façon, personne ne pourra plus prétendre à une retraite à taux plein. Les ouvriers et employés au travail peu qualifié n’y parviendront pas, ni ceux qui auront un métier qualifié, car l’entrée dans le monde du travail est sans cesse repoussée. Les jeunes diplômés galèrent de stages en stages peu ou pas rémunérés.
Pour ma part, j’ai pris ma décision, même si elle fut difficile. Comme toutes mes collègues de plus de 50 ans et ayant eu 3 enfants, je pars. Sinon, il me faudrait travailler encore 7 ans, pour gagner moins lors de ma retraite et sans pouvoir m’arrêter si une maladie grave survenait.
Il m’est difficile de déserter dans la tempête, mais la politique du gouvernement m’y contraint.
Si je vous envoie ce témoignage, c’est pour que vous y songiez à l’heure du vote de cette loi.
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