Le budget d'une commune à l'instar de celui d'une famille actionne deux leviers, celui des recettes (dont la fiscalité locale fait partie) et celui des dépenses, dont les dérapages, conduisent mécaniquement à une augmentation de la pression fiscale. Lors du conseil municipal du 25 septembre dernier, nous avons souhaité que le budget de la ville de Sarrebourg fasse l'impasse sur des dépenses inutiles ou démesurées .

Le creusement des dépenses conduit, depuis maintenant une année, la majorité municipale à rechercher près de 700 000 euros de recettes fiscales additionnelles. Elle a pour cela actionné de nombreux leviers inégalitaires :
1.relèvement des quatre taxes (habitation, foncière...) 2.Instauration de la Taxe Locale sur l'Electricité 3.baisse des Abattements sur la Taxe d'Habitation

contre lesquels nous avons voté.

Par contre, lors du dernier Conseil, Manuel Simon a appuyé au nom de notre groupe un projet de taxe beaucoup plus pertinent : une taxe sur les locaux vacants.

Cette dernière inciterait les propriétaires à remettre leurs biens sur le marché de la vente ou de la location. Lors du conseil du 25 septembre dernier la municipalité s'est posée la question de la mise en oeuvre d'une taxe sur les logements vacants (CM 25/09/09).  Nous avons apporté notre aval car elle aura un effet psychologique incitatif sur le propriétaire, sensibilisé ainsi à une vente ou à une rénovation. Dans cette perspective, la commune a mandaté un cabinet privé, « écofinance » afin d'étudier le rendement d'une telle taxe et c'est là en partie que le « bât blesse ». Car en sus de la rémunération de l'audit, le cabinet privé s'octroie 40% des recettes fiscales additionnelles générées par la taxe sur les logements vacants, divisant par presque 2 le rendement de l'impôt. Ainsi, les « impôts » payés par les propriétaires fonciers de logements inoccupés iraient dans les poches d'un opérateur privé en conte-partie d'un travail que l'administration publique aurait pu réaliser...

Lors de la même séance, à notre demande un débat s'est ouvert quant à l'opportunité  de la réalisation du projet initié par la majorité municipale concernant l'implantation du complexe cinématographique.

Nous vous présentons ici quelques éléments de réflexion

Projet CINEMA : un gouffre financier au milieu d'un marais

La majorité municipale « réalise son programme » selon les paroles du Maire, et feint de ne pas entendre les craintes qui s'expriment de voir se réaliser un complexe cinématographique enclavé entre la place du marché et l'actuel parking de la rue des Cordeliers (Semma)

Alors que la majorité du conseil approuvait le financement des premières études préalables à cette implantation, nous pointions les difficultés soulevées par le projet : 1.surcoût d'une construction située sur l'ancien lit de la Sarre 2.enclavement du complexe 3.perte de l'espace de parking situé rue des Cordeliers (présenté en son temps comme une réalisation devant « renforcer l'attractivité du centre-ville ») 4.et moins-value pour les commerçants du centre-ville et les résidents riverains

Dans le rapport commandité par la municipalité à l'Agence de Développement Régional du Cinéma (ADRC) et remis à Monsieur Marty, le 27 avril dernier, l'Architecte-Conseil de l'Agence conclut au terme de son étude de faisabilité : « je crains objectivement que le coût du projet doive se situer plutôt dans des valeurs plafond qu'au niveau de la valeur plancher de l'enveloppe compte-tenu des contraintes du site »soit au moins 4,3 millions d'euros Hors Taxes « sans équipements cinématographiques qui seraient repris sur l'ancien cinéma et auxquels il faudrait ajouter les équipements numériques ».

De toute évidence un investissement d'un montant total (toutes taxes) bien supérieur à 5 millions d'euros, situé au mauvais endroit et ne répondant que partiellement à la commande de l'actuel Directeur du Cinéma : « les souhaits exprimés par M.Oerther quant à l'aménagement des salles (fauteuils « club », écart de rang de 110 cm, entre-axe de 60 cm et taille d'écrans) ne pourraient être entièrement satisfaits » dit encore le rapport.

Pourquoi faire si cher, et si vite, un projet dans un endroit inadapté et ne « répondant que partiellement » au cahier des charges établi par les professionnels?

Le rapport est éloquent : « s'agissant d'un ensemble de parcelles en lanière juxtaposées qui forment un écorché de l'ilôt, certaines bandes de terrain ne peuvent être exploitées de façon opérationnelle pour l'aménagement d'une salle de cinéma... » […] après avoir conclu qu'au regard de la situation du site, la solution idéale « organisation à plat (sur un seul niveau) des 5 salles avec 2,5m2 par place » ne pouvait être réalisée : «  la superficie opérationnelle est ainsi théoriquement insuffisante pour organiser les volumes à plat », le rapporteur convient qu'il faudra au moins une salle en étage et les surcoûts à la construction qui en découlent.

Par ailleurs, alors que le projet envisagé détruit un espace de stationnement prisé des Sarrebourgeois, le cinéma ne devrait pas pouvoir se réaliser dans le respect du code de l'urbanisme : « enfin, le besoin de stationnement tel que prévu par le Plan Local d'Urbanisme sera une contrainte importante » puisqu'un tel projet nécessite de l'ordre de 80 places de parking selon les termes du rapport.

Ainsi la commune envisagerait, « sans rire », de supprimer du stationnement, sans en retour respecter les obligations faîtes à tout promoteur, de prévoir des places de parking en proportion de la superficie des équipements réalisés. La commune (et la loi) impose ainsi aux promoteurs privés des règles auxquelles la Ville semble prête à se soustraire (comment réaliser 80 places de parking sur une si petite superficie?)!

De toute évidence, ce projet dispendieux ne répond pas aux attentes de nos concitoyens assujettis depuis deux ans à l'accroissement de la fiscalité. Que vient faire un complexe étriqué au milieu d'un espace urbain résidentiel et commercial? Quels sont les surcoûts engendrés par l'espace retenu?

Pourquoi ne pas réserver au quartier Gérôme des infrastructures culturelles dont les coûts à la construction s'avéreront moins onéreux?

Autant de questions que nous avons proposé au Maire de vous soumettre à l'occasion d'une véritable concertation publique!

Maîtriser les dépenses avant que d'augmenter la fiscalité, telles sont nos propositions en ces périodes difficiles.

Jean-Yves Schaff, conseiller municipal pour le groupe Sarrebourgpourtous